lundi 24 septembre 2018

EXERCICE / MAISON ET SON CONTEXTE : voisinages...




Avons-nous des voisins ? Les connaissons-nous ? Avons-nous en commun des lieux de passage, une rue, un chemin, un hall d’entrée? Avons-nous en commun une séparation, une haie, une cloison, un couloir? Empruntons-nous le même escalier, la même buanderie, le même ascenseur ? 




A quelles occasions les rencontrons-nous?
Les voyons-nous ? A quel moment ?
Les entendons-nous? Quand ? 




Percevons-nous des odeurs provenant de chez eux ?
Ressentons-nous des émotions, des sentiments, avons-nous des pensées à leur sujet ? 




Qu'en est-il de leur présence ? La vivons-nous comme rassurante, éprouvons-nous de la chaleur envers eux, vivons-nous des échanges agréables ou utiles ?
Ou bien : leur présence est-elle source de stress, de tension et de dérangement?
Ou encore : nos voisins nous sont-ils indifférents ? Et si oui, comment définirions-nous cette indifférence ? 





Images : Dalle tenebre alla luce / Michele Balugani / BANF / Ferrare
Portrait d'un homme (détail) / Michael Sittow / Mauritshuis / La Haye
Le pêcheur de chavots / G. Courbet / modèle en plâtre / Ornans

lundi 3 septembre 2018

EXERCICE / MAISON ET SON CONTEXTE : sons et vibrations


Car c’est presque de l’importance d’une religion, d’avoir compris ça : qu’une fois qu’on a découvert la mélodie de l’arrière-plan, on n’est plus indécis dans ses mots ni obscur dans ses décisions. C’est une certitude tranquille née de la simple conviction de faire partie d’une mélodie, donc de posséder de plein droit une place déterminée et d’avoir une tâche déterminée au sein d’une vaste œuvre où tous se valent, le plus infime autant que le plus grand. Ne pas être de trop, est la condition première de l’épanouissement conscient et paisible. 

R.M. Rilke / Notes sur la mélodie des choses / XXXVI


Le silence n'existe pas. Nous sommes sans cesse amenés à évoluer dans des contextes sonores. 
Dans quel environnement de bruits, de musiques, d'échos et de présences notre habitat baigne-t-il?

Quand nous sommes devant chez nous, quels sont les bruits que nous entendons, 
qui sont caractéristiques de l’endroit ? 
Une route, du trafic, des moteurs ? Des cloches, des passants, des trains, des chantiers ? 
Des lève-tôt, des fêtards ? S'agit-il de sons doux, vivants, ou polluants ?




Comment notre corps réagit-il en entendant ces différents sons ?




De même, quand nous sommes dans notre maison, quels sons nous parviennent-ils de l'extérieur ?


Pourrions-nous décrire chacun de ces bruits ? Sont-ils rassurants, agréables, sont-ils source de repères ou les trouvons-nous désagréables, irritants, intrusifs, perturbants ? Changent-ils aux différentes heures de la journée ? 


Notre maison nous protège-t-elle, nous sentons-nous à l'abri entre ses murs ?
Comment percevons-nous ses vibrations ? Sont-elles à notre convenance?



Images : Torre dell'orologio / Place Saint-Marc / Venise
Bansky / MOcO / Amsterdam
A. Vivarini et M. Basaiti / Pala di Sant'Ambrogio (détail) / Basilique des Frari / Venise

lundi 20 août 2018

EXERCICE / LA MAISON ET SON CONTEXTE : vers chez soi



Biennale Lyon 2017














Concevez toujours une chose 
en la considérant 
dans un contexte plus large
 - une chaise dans une pièce,  
une pièce dans une maison, 
une maison dans un quartier, 
un quartier dans une ville.

Eero Saarinen

Tout habitat est inséré dans un contexte. Il en fait partie. Il en subit les influences. Il se trouve en interaction avec lui. Dans quel environnement habitons-nous ? En ville, dans une banlieue, à la campagne, à la montagne ?












Prêtons attention au chemin qui mène jusqu’à notre maison. 



Quel chemin empruntons-nous pour arriver chez nous ? Par quel moyen? Allons-nous à pied ? En vélo ? Arrivons-nous en voiture ? En autobus ?



Traversons-nous des rues, un parc, un jardin, une cour pour atteindre notre logement? Prenons-nous un ascenseur ? Montons-nous des escaliers ? 




Quelles traces et quels parfums trouvons-nous sur notre passage ? Comment se déroule moment après moment notre cheminement jusqu’à chez nous ?



Quel type d'environnement est-il lié à notre habitat ? Comment pourrions-nous le décrire ? Est-ce un paysage urbain, animé ? Est-il coloré, commerçant, bigarré ? Ou bien, verdoyant, paisible ? Est-il poétique ? Chaotique ? Saurions-nous trouver les mots pour le définir?

Le paysage reflète-t-il la saison durant laquelle nous le regardons ? Se modifie-t-il selon les heures et selon les jours ? 

Au fur et à mesure que nous avançons sur le parcours qui mène chez nous, restons présents à nous-mêmes et à nos perceptions. Prenons le temps de solliciter tous nos sens : Comment nous sentons-nous dans ce paysage ? Est-il en accord avec notre paysage intérieur ? En complémentarité ? Se dégage-t-il une harmonie ou une dissonance ? 

Nous sentons-nous faire partie de notre environnement ? Ou alors ce contexte nous laisse-t-il indifférent ?


Nous pouvons photographier, ou dessiner le contexte dans lequel nous vivons pour nous en imprégner. Pour mieux parvenir à le regarder.




Images : Ernesto Neto / Two Columns for one bubble Night / 2007 / Biennale Lyon 2017
Markus Praschensky / Red and White / 1969 / Sammlung Essl

lundi 16 juillet 2018

EXPERIENCE : une maison pour l'été




C’est une petite maison de vacances à deux pas d’un lac enchanté. Une maison pour la belle saison, une invite à rêver, à se reposer. On y accède par un jardin où volent les libellules et de petits papillons jaunes striés de blanc. Une passerelle en lattes de mélèze conduit sous un saule pleureur qui ne pleure pas, mais offre une ombre plaisante, murmure des choses bienveillantes à qui vient déposer sa chaise juste là. 

Au fond du jardin, là où les fleurs poussent en douce anarchie, se dresse une cabane blanche. Son toit végétal lui donne un air échevelé. On regarde à l'intérieur par de petites fenêtres à minuscules carreaux (un carreau cassé a été remplacé par un bardeau en bois grisé). On se dit que dans cette cabane, il ferait bon s'installer sur un lit parsemé de bons coussins, et s’allonger pour la sieste avec quelques mirabelles et un livre bien épais.


Qu'ajouter sur cette maison sans prétention mais avec grande distinction ? Il y a un réduit sous l’escalier (le loquet crisse et la porte grince) : c’est là qu’on range les outils, qu’on aligne les gelées. Il y a une élégante gargouille en cuivre qui prolonge la gouttière. Il y a trois tournesols dégingandés et un rosier déluré qui veillent sur l'entrée . Il y a un minuscule bassin turquoise, où s'épanouissent quelques nénuphars. Il y a un balcon en épicéa, décoré de losanges et de frises. L'ensemble est un peu décati, un peu défraîchi, mais respire l'harmonie.


C’est une maison presque irréelle, propice aux doux souvenirs, aux souvenirs d’anciens étés, des étés de l’enfance, des étés de romans dévorés. On entre dans la maison et on se sent enveloppé dans un drôle de bonheur, un bonheur béat, non dénué de joyeux picotements et teinté de nostalgie. 

On éprouve ici une palette d’émotions. On accueille mille sensations. En croquant un fruit, on hume des senteurs d'herbe coupée. En observant un lézard rampant, on perçoit une multitude de chants. C’est une maison de poésie, de bourdonnements, de ralentissement. Une maison tartines, une maison balançoire, une maison canoë. Une maison qui invite à sourire et à se laisser bercer. Le temps d'un été.

Image : n°3 / Les effets du Bon Gouvernement (détail) / A. Lorenzetti / Palazzo del Comune / Sienne

lundi 9 juillet 2018

PAROLE DE ... : quand les murs parlent




Les murs ont des oreilles.

Ont-ils aussi une mémoire ? 

Ont-ils des choses à raconter ?

Ont-ils le pouvoir de réparer, de restaurer? 



Peuvent-ils, comme les humains, vivre au présent tout en gardant vivant le souvenir du passé? 
La chaîne Arte a diffusé début juin un documentaire exceptionnel**, réalisée par Ruth Zylbermann, documentariste et historienne de formation. La réalisatrice, dans une démarche de micro histoire, c'est-à-dire réduite à petite échelle, basée sur la vie des individus, a choisi de se pencher sur un immeuble, situé au 209, rue Saint-Maur, dans le Xème arrondissement de Paris. Elle a tenté de répondre à la question : 


Que sont devenus les gens, les enfants surtout, qui vivaient là, avant et pendant la deuxième guerre mondiale, et particulièrement après la rafle du Vel’d’Hiv en juillet 1942 ? 

Elle a cherché à reconstituer leur vie, leur trajectoire, leur quotidien.


Dans les années 1930, l’immeuble était occupé par des habitants d’origine populaire, venus de tous horizons. Il y avait des Français de souche, des immigrés arrivés de toute l'Europe, des Juifs, des non Juifs. Quelque trois-cent personnes vivaient dans cet ensemble: une porte cochère, une cour pavée, quatre bâtiments. Et les enfants allaient à l’école, se retrouvaient dans la cour. Ils y jouaient ensemble, ils se chamaillaient. 

RZ est partie à la recherche des survivants. Pour ce travail de détective, elle est s'est basée sur les archives existantes, par exemple, le recensement de 1936, lequel comportait des informations telles que l'origine, la date de naissance, le métier. Elle a pointé les personnes nées entre 1927 et 1936, les enfants de l'époque, susceptibles d'être encore vivants, de se rappeler, de pouvoir apporter et recevoir des informations. Ainsi a commencé sa longue et passionnante recherche.


Par ce travail de micro histoire, il s'agissait de faire émerger la vie d’autrefois, de donner corps au quotidien avant le fracas, à travers les lieux, leur histoire. Il s'agissait de montrer que les gens victimes de la Shoah avaient eu une existence bien vivante avant d'être des disparus, des dispersés. Partie à leur rencontre, RZ a accompli avec les rescapés toute une reconstruction de la mémoire. Elle a fait émerger des interactions, ressuscité des liens. 

Sa délicate recherche, elle l'a menée par des procédés terriblement touchants et créatifs. Il était important que chacun puisse décrire son vécu, la cuisine, les couloirs, les échos et les interactions, la vie de tous les jours. Alors, elle s'est adressée à ces personnes de 80 ans qui étaient alors des enfants et elle leur a demandé de dessiner. 


Ou bien elle a utilisé des moyens comme de jouets de maison de poupée pour inviter ces personnes à reconstituer les lieux, à évoquer les affects (un homme, par exemple, parle de sa mère couturière en posant une machine à coudre sur une table miniature).




Elle a aussi fait des maquettes, des plans d’architectes, et posé des post it sur les façades dessinées pour y coller des noms et pour identifier qui était voisin de qui, qui voyait qui, qui connaissait qui. Elle a projeté également des photographies de disparus sur les murs. 

Ce faisant, RZ n’oublie jamais le présent : elle filme la vie de l’immeuble aujourd'hui, au fil des heures. La vie telle qu'elle se déroule dans un quartier de Paris resté populaire, avec une forte mixité de population. On voit des voisins se parler, se croiser. On aperçoit à travers des fenêtres des pères qui bercent leur bébé pour l'endormir. Ce présent aide à comprendre le passé. C'était aussi comme ça autrefois, dans les années trente, avant l'horreur. Mais ce passé aide aussi à comprendre le présent : il y a aujourd'hui comme naguère des migrants, des étrangers, qui arrivent d'ailleurs, qui travaillent, qui aspirent à s'intégrer. Aujourd’hui. Comme autrefois.

A la fin du film, une sorte de fête rassemble les participants. Les locataires anciens se retrouvent et croisent les locataires actuels. Des gens qui ne s'étaient pas vus depuis septante ans renouent. Parmi les présents : Henry, venu exprès des Etats-Unis, où de la parenté l'avait recueilli après la guerre et qui avait tout oublié, tout oublié de la France et de sa prime enfance. Il revient sur les lieux où ses parents ont vécu avec lui, tout petit. Il pose sa main sur la porte cochère où son père et sa mère ont posé la leur. Il marche sur les pavés où ses parents avaient posé les pieds. Il découvre les lieux où ils avaient été ensemble. L'émotion, intense, émerge, le voile de la mémoire se lève face à l'expérience.


Ruth Zylberman souhaite rendre cette Histoire ressuscitée vivante pour aujourd'hui. Elle dit, se référant à Walter Benjamin : "Les temps ne se succèdent pas les uns après les autres. Le maintenant et l’autrefois se retrouvent pour former une image telle une constellation". 


209, rue Saint-Maur est un film que l'on peut voir en replay sur Arte jusqu'au 3 août (souhaitons que bientôt cette oeuvre soit disponible en DVD).

Images : Site Arte TV / film "209, rue Saint-Maur"

lundi 2 juillet 2018

EXERCICE / Partager l'espace : les couleurs du partage



  Ici, c'est vraiment ma place, ma relation, mon dilemme, mon travail. Le défi de la pleine conscience est de travailler avec les circonstances auxquelles on se trouve confronté - peu importe combien cela semble désagréable, décourageant, sans fin, bloqué - et de s'assurer qu'on a tout fait pour se transformer avant de décider d'arrêter les frais et de voir ailleurs. C'est ici que le véritable travail commence.

Jon Kabat-Zinn, Où tu vas tu es.


Suite à nos investigations sur le partage de notre lieu de vie, nous pouvons nous livrer à un petit exercice : Nous allons maintenant ébaucher le plan de notre logement et définir ses différents espaces. Ensuite, nous leur attribuons à chacun une couleur selon leur fonction et leur usage. Choisissons librement les couleurs qui nous parlent pour esquisser cet exercice.
Note : une pièce n'est  pas automatiquement un seul espace; une pièce peut en comporter plusieurs. La fonction d'une pièce peut être distincte de son usage courant.



£            = espaces communs

£            = lieux de passage

£            = habitant 1

£            = habitant 2

Et ainsi de suite, selon le nombre d’occupants du logement.





En travaillant à cet exercice, nous nous efforçons de rester centrés, connectés à nos sensations et perceptions. Comment nous sentons-nous ? Quels sont nos sentiments, nos pensées ? La délimitation de la carte, l’esquisse des zones limites suscite-t-elle des interrogations, fait-elle émerger des émotions en nous ? Saurions-nous les décrire ? 





Si nous disposons d’un espace en propre, installons-nous à l’intérieur. 

Prenons le temps d’y respirer.

Écoutons notre corps. Nous envoie-t-il des messages ? 

Soyons réceptifs, à l'écoute de nos émotions, de nos pensées, de nos sentiments au cœur de ce "coin du monde".  








Images : Storie di San Nicola / Elemosina al padre di tre fanciulle in età di marito / A. Lorenzetti / Offices / Florence
Annonciation (détails) / A. Lorenzetti / Pinacothèque / Sienne

mercredi 27 juin 2018

EXERCICE / Partager l'espace : comment ?



A Neauphle, souvent, je faisais de la cuisine au début de l’après-midi.
Ça se produisait quand les gens n’étaient pas là, qu’ils étaient au travail,
ou en promenade dans les Etangs de Hollande, ou qu’ils dormaient dans les chambres.
Alors j’avais à moi tout le rez-de-chaussée de la maison et le parc.
C’était à ces moments-là de ma vie que je voyais que je les aimais 
et que je voulais leur bien.
La sorte de silence qui suivait leur départ je l’ai en mémoire. 
Rentrer dans ce silence c’était comme entrer dans la mer. 
C’était à la fois un bonheur et un état très précis d’abandon à une pensée en devenir,
c’était une façon de penser ou de non-penser peut-être, – ce n’est pas loin – et déjà, d’écrire.
  
Marguerite Duras, La Vie matérielle



Partager un lieu de vie, cela peut être pour certains d'entre nous un bonheur, pour d'autres une source de tensions, pour d'autres encore, désireux de combler un manque, un besoin important. Il y en a aussi qui n'aspirent qu'à une solitude bénie et n'éprouvent aucun désir de la partager. Sans parler des contingences conjoncturelles et financières.


Prenons un moment pour expérimenter ce que nous vivons chez nous, dans l'espace qui nous abrite, individuellement ou avec d'autres.

Parcourons lentement notre maison alors que nous sommes seuls. Explorons les lieux comme si nous y faisions une promenade. Humons l'atmosphère. Laissons-nous guider par nos pas. Soyons présents dans les surfaces que nous traversons. 

Ressentons-nous d'autres présences ? Ou des absences, des manques ? Faisons-nous l’expérience d’un vide ou d’un trop-plein ? A quels endroits cela se manifeste-t-il ? Par quels signes cela se traduit-il ? Notre corps nous donne-t-il des messages à ce sujet ?

Éprouvons-nous des émotions particulières ? Des sentiments révélateurs nous animent-ils à certains endroits ? Notre attitude corporelle change-t-elle selon les lieux ?






Arrêtons-nous à présent. 
Interrogeons-nous à propos de notre manière de vivre en relation avec d'autres.




Habitons-nous avec d’autres personnes ? Si c’est le cas, avec qui ?

Des animaux partagent-ils notre vie ?

Hébergeons-nous, accueillons-nous des invités ? Si oui, quelle place leur laissons-nous ?

Quels sont les espaces communs ? Les espaces de passage ?

Avons-nous un espace personnel ? Est-il reconnu comme tel par les autres personnes ?


Gardons précieusement en nous les observations que nous venons de faire, pour les développer lors de la prochaine séance.



Images : La Charité de Saint Nicolas de Bari (détail prédelle) / Giovanni Francesco da  Rimini / Louvre / Paris
Cupidon fabriquant son arc (détail) / Parmigianino / KHM / Vienne
Madonna con bambino in trono, con angeli e santi (détail)/ A. Lorenzetti / Pinacothèque / Sienne

copyright © daniela dahler 2018