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lundi 12 mars 2018

EXERCICE : ÉMOTIONS / à la conquête de notre espace



Quelles que soient ses dimensions, notre logement comporte plusieurs espaces, qui ne sont pas forcément délimités par une séparation matérielle, comme une porte, un seuil, ou un meuble.

Parcourons lentement le lieu où nous habitons.

Faisons appel à nos cinq sens. Respirons les odeurs, sentons l’air qui circule, ressentons les températures. Observons la lumière. Sollicitons nos oreilles.

Si cela ne nous pose pas de difficulté particulière, prenons la peine de nous déchausser et parcourons notre logement à pieds nus. Sentons la plante de nos pieds sur le sol. 



Expérimentons le contact de notre peau avec les différents matériaux qui le constituent : ce peut être du carrelage, du parquet, de la moquette. Ressentons les différences de texture et de température sous nos pas : bois, béton, laine, terre cuite. Avançons de manière curieuse en sollicitant l’intelligence de nos pieds.

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Identifions les divers territoires que nous traversons ainsi.

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Quels sont les endroits où nous nous tenons spontanément, où nous apprécions de rester ? Quel est (ou quels sont) nos endroits préférés ?

Certains nous sont-ils particulièrement précieux ? Avons-nous des espaces sacrés ?

Traversons-nous des espaces confortables ? Des espaces où nous nous sentons en sécurité ?

Y en a-t-il certains que nous avons tendance à éviter ? où nous ressentons un inconfort, une gêne ?

Quels sont les lieux de passage et ceux où nous sommes enclins à ne jamais aller ?

Y a-t-il des coins abandonnés ? Des coins inutiles ? Des coins où des objets sont déposés, oubliés, et empêchent un accès ?



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Au cours de notre exploration, est-ce que nous pouvons sentir quand nous passons d’un espace à un autre ? Si c’est le cas, comment ? Qu’est-ce que nous ressentons à ce moment-là ? 

Traversant des espaces, sommes-nous traversés par des émotions ?

En nous plaçant sur la ligne imaginaire qui délimite un espace identifié et un autre, pouvons-nous ressentir dans notre corps, par nos diverses perceptions, ou au travers de nos émotions ce qui se passe d’un côté et de l’autre ?


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Nous pouvons choisir quelques expériences d’espaces reconnus :




ESPACE
(le nommer)

Définition de l’espace et de sa fonction

Emotions que nous y éprouvons
(les exprimer)

Ressenti corporel
(le décrire)

Pensées
(les verbaliser)

















 
 


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Sur une feuille vierge, nous serait-il possible de dessiner une carte des différents territoires que nous venons d’identifier ? 



Pourrions-nous leur attribuer à chacun une couleur, selon les émotions et les sentiments qui s’y rattachent ?


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Images : détail tableau Tintoret / Accademia / Venise
L'Appel des fils de Zébédée (détail) / Marco Basaiti / Accademia / Venise
Sacra conversazione (détail) / Giovanni Bellini / Accademia / Venise
Pietà (détail) / GB Cima da Conegliano / Accademia / Venise
L'Appel des fils de Zébédée (détail) / Marco Basaiti / Accademia / Venise

lundi 5 mars 2018

ÉMOTIONS LIÉES A L'ESPACE : home!





[There's no place like home.]







En conversation avec une amie, celle-ci me dit : "c’est facile, l'habitat en pleine conscience pour ceux qui vivent heureux dans leurs maisons, mais ça ne joue pas dans d'autres situations. Je connais des tas de gens qui…, tiens, ma collègue dont les voisins du dessus ont trois petits enfants particulièrement agités…"

Cette remarque m’a laissée songeuse.

Tout d’abord, cette expression : "c’est facile pour…". Avons-nous déjà remarqué combien ces mots peuvent être paralysants, anesthésiants ? Surtout quand on les utilise à propos des autres, car, bien évidemment, c’est pratiquement toujours pour les autres que c’est facile…

Je me suis tournée vers mon amie et je lui ai répondu que non.

Non, je ne partageais pas son point de vue : la pleine conscience de ce que nous vivons dans notre habitat, cela concerne tout le monde, dans quelque lieu que ce soit. Parce qu’elle concerne la réalité de ce qui est là.

Irait-on dire que le scannage corporel est réservé aux gens en bonne santé, jouissant de tous les avantages d’un corps séduisant et performant ? Certes non. Car le fait d’être conscient de ce que l’on vit au présent, moment après moment, n’a rien à voir avec un monde parfait.

En ce qui concerne nos logements, nous pouvons y expérimenter toute une palette d'émotions, qui vont du contentement à la frustration. Ainsi, ils peuvent être pour nous des abris, des coquilles, des nids, des lieux de ressourcement.


Passant à l'autre extrême, il est possible aussi qu'ils soient vécus comme désolants, attristants, bruyants, désespérants. On peut s’y sentir coincé, mal entouré, enfermé. On peut ressentir l’envie de s’en évader, de partir, de les quitter. On peut les trouver vétustes, ennuyeux, trop chers, inadaptés, étriqués, mal insonorisés. On peut ressentir de l’aversion envers ceux avec qui nous devons les partager ou éprouver le manque de ceux qui nous ont quittés. Nous pouvons être exaspérés par notre voisinage, sonore ou humain.

(je pourrais continuer cette liste encore longtemps, mais je ne dispose pas de toute la journée…)

Ce que propose la pleine conscience, ce n'est pas l'exploration et la découverte d'un monde idéal. Pas à pas dans notre habitat, nous allons à la rencontre de ce que nous y vivons. Nous nous permettons de faire l’expérience directe de ce qui est. A ce propos, voici une citation de Jon Kabat-Zinn :


[Fondamentalement, le défi de la pleine conscience est de réaliser "C’est ça". Cet instant-ci est ma vie.

La question est : "Quelle va être ma relation à ma vie ? Ma vie m’ "arrive-t-elle" automatiquement ? Suis-je totalement prisonnier des circonstances ou de mes obligations, de mon corps ou de ma maladie, ou encore de mon histoire ? Suis-je hostile, défensif ou déprimé quand certains "boutons" sont activés ? Heureux si on pousse sur d’autres ? Effrayé si quelque chose d’autre arrive ? Quels sont mes choix ? Ai-je des options ? "] *



Et ce faisant, conscients, vivants, nous pouvons nous affranchir de nos idées reçues, de nos aversions, de nos points de vue étriqués pour acquérir plus de liberté, nous ouvrir à des possibilités

Le monde des possibles n’est certes jamais idyllique (du reste, il n'a pas à l'être) mais il s’offre à nous et à travers cette porte ouverte nous pouvons sonder le réel, examiner ses tenants et aboutissants, nous diriger vers telle ou telle option.


*Au cœur de la tourmente, la pleine conscience, Jon Kabat-Zinn, J’ai lu, p. 261

Images : There is no place like home / Ken Lum / MUMOK / Vienne / 2017


copyright © daniela dahler 2018