Celui
qui sait qu’assez est assez aura toujours assez.
Lao
Tseu
Jour
de marché. Une femme souriante s’approche de moi et me tend un sac turquoise
dont j’apprendrai plus tard qu’il affiche un slogan en faveur de personnes
handicapées. Devant mon refus, elle s’insurge : c’est gratuit ! C’est
gratuit, insiste-t-elle. Je lui montre mon panier, grâce auquel mes achats
n’ont pas besoin d’être ensachés, et je dis non. Gratuit ou pas, sympathique
ou pas, c’est non. Non merci. Non aux échantillons, non aux stylos
ou crayons publicitaires, et non à ce sac en polypropylène. Non, mon panier me suffit. Je n’ai
aucun besoin supplémentaire. Mon refus laisse la dame interloquée. J’en suis
désolée, mais c'est ainsi.
Cet incident banal m'amène à réfléchir sur toutes les choses qui passent entre nos mains. Possédons-nous
les choses ou sommes-nous possédés par elles ? Dans nos sociétés toujours
plus vouées à la consommation, la question se pose impérativement.
Nous vivons dans une société d’abondance qui inocule le virus du manque. Plus nous possédons et plus nous craignons de manquer.
Poussés à
acheter, nous achetons beaucoup. Incités à suivre des modes, nous nous laissons
embarquer presque malgré nous dans la course folle des achats et le remplacement de choses nullement usées, nullement inutiles, nullement cassées.
A la question des acquisitions, s’ajoute celle des héritages et des divers cadeaux que nous pouvons être amenés à recevoir. Une fois qu’ils nous ont été donnés, nous avons tendance à oublier que les biens reçus appartiennent à leur destinataire et que, par conséquent, nous sommes libres d’en faire ce que nous jugeons bon. Souvent, nous perdons de vue ce détail fondamental et, en conséquence, nous gardons.
Nous gardons "Pour Le Cas Où" et nous accumulons. Nombre de garages, de caves, d’entrepôts sont bourrés de ces objets "P.L.C.O". On peut alors se demander si les propriétaires de toutes ces choses engrangées savent encore qu’ils les possèdent ? Ce sont souvent des personnes qui s’arrachent les cheveux quand elles doivent déménager et ne savent plus alors où donner de la tête et des bras (et, par la même occasion, où donner tout court).
Confrontés à tout ce qui passe entre nos mains, nous pouvons recycler ou faire des dons (à des œuvres caritatives, à notre entourage). Nous pouvons tenter de revendre (on assiste sur le net à une multiplication des sites de revente). Nous pouvons entasser, cumuler les objets dans notre logement. Il semblerait même que, dépassés, nous soyons de plus en plus nombreux à louer des conteneurs ou des espaces de stockage extérieurs (ce qui signifie : encore un loyer, encore des choses supplémentaires à gérer).
Dure problématique réservée aux pays riches et qui nous concerne tous – ou du moins qui concerne une majorité d’entre nous.
Nous gardons "Pour Le Cas Où" et nous accumulons. Nombre de garages, de caves, d’entrepôts sont bourrés de ces objets "P.L.C.O". On peut alors se demander si les propriétaires de toutes ces choses engrangées savent encore qu’ils les possèdent ? Ce sont souvent des personnes qui s’arrachent les cheveux quand elles doivent déménager et ne savent plus alors où donner de la tête et des bras (et, par la même occasion, où donner tout court).
Confrontés à tout ce qui passe entre nos mains, nous pouvons recycler ou faire des dons (à des œuvres caritatives, à notre entourage). Nous pouvons tenter de revendre (on assiste sur le net à une multiplication des sites de revente). Nous pouvons entasser, cumuler les objets dans notre logement. Il semblerait même que, dépassés, nous soyons de plus en plus nombreux à louer des conteneurs ou des espaces de stockage extérieurs (ce qui signifie : encore un loyer, encore des choses supplémentaires à gérer).
Dure problématique réservée aux pays riches et qui nous concerne tous – ou du moins qui concerne une majorité d’entre nous.
Je me souviens d'une collègue avec qui je parlais un jour « maisons », et qui évoquait un sérieux problème de possessions. Ce problème la tourmentait jusqu'à l'obsession. Après leur décès, elle avait hérité des meubles anciens de ses parents, puis d’une tante célibataire, tous collectionneurs de belles pièces, dont ils avaient chacun rempli leur demeure au fil du temps. Ma collègue envisageait également avec appréhension et dans un délai relativement proche, l’héritage de ses beaux-parents, très âgés et très atteints dans leur santé. Elle se disait désemparée. Sa maison débordait de meubles extraordinaires, de vaisselle précieuse, qui lui compliquaient atrocement la vie. A l'entendre, elle ne pouvait s’imaginer les vendre, ni les donner, par attachement et par loyauté. Dès lors, ils encombraient ses corridors, son salon, sa cave. Ses enfants n’en voulaient pas – ou plus - car ils aspiraient à se meubler de manière plus légère et contemporaine. Tout cela lui causait de nombreux tracas : aux problèmes de stockage s'ajoutaient des problèmes de nettoyage et d’entretien.
De quoi nous chargeons-nous, quand nous nous laissons charger de possessions ?
Combien cela nous coûte-t-il de garder ? Acceptons-nous le prix à payer ?
Combien cela nous coûte-t-il de garder ? Acceptons-nous le prix à payer ?
Encombrement, encombrement quand tu nous tiens... Depuis quelques années, le thème du désencombrement est devenu très tendance. Il va de pair avec une autre éthique de consommation et une chasse au gaspillage. On recherche l'allègement, on souhaite définir ses priorités.
Ainsi, les journaux publient régulièrement des articles sur le sujet. Dans les librairies, on trouve des livres à foison sur les différentes manières d'élaguer, qui prodiguent tous de nombreux conseils, qui fournissent des règles et des marches à suivre. Cependant, notre relation aux objets est délicate, bien plus sensible qu'il n'y paraît. Elle revêt de multiples aspects qui vont bien au-delà du matérialisme. Il vaut la peine d'opérer un retour sur soi et sur ses convictions intimes, d'explorer notre rapport à nos avoirs avant de décider quoi que ce soit.
Ici, le recours à la pleine conscience peut nous fournir une aide très précieuse. C'est en nous recentrant, au moyen de la respiration et d'une présence attentive au corps, en nous connectant à nos sensations, à nos ressentis et à nos émotions, que nous pouvons accéder à nos besoins réels. Nous pouvons entrer en contact avec ce qui nous convient, avec ce qui nous est nécessaire. Nous nous libérons des conseils prêt-à-porter et nous sommes en mesure d'effectuer des choix dans une belle indépendance.
Travailler avec un tableau en pleine conscience nous permet de clarifier nos pensées, et, par-delà, d'élaborer des décisions personnalisées. J'avais déjà proposé ce genre d'exercice (ICI). En remplissant notre tableau, nous nous permettons de prendre conscience de tout ce qui nous lie à l'objet sélectionné, en terme de loyautés, de devoirs et de contraintes. L'exercice nous permet de considérer tout cela, en revisitant nos émotions, nos souvenirs, nos ressentis , au présent.
Ainsi, les journaux publient régulièrement des articles sur le sujet. Dans les librairies, on trouve des livres à foison sur les différentes manières d'élaguer, qui prodiguent tous de nombreux conseils, qui fournissent des règles et des marches à suivre. Cependant, notre relation aux objets est délicate, bien plus sensible qu'il n'y paraît. Elle revêt de multiples aspects qui vont bien au-delà du matérialisme. Il vaut la peine d'opérer un retour sur soi et sur ses convictions intimes, d'explorer notre rapport à nos avoirs avant de décider quoi que ce soit.
Ici, le recours à la pleine conscience peut nous fournir une aide très précieuse. C'est en nous recentrant, au moyen de la respiration et d'une présence attentive au corps, en nous connectant à nos sensations, à nos ressentis et à nos émotions, que nous pouvons accéder à nos besoins réels. Nous pouvons entrer en contact avec ce qui nous convient, avec ce qui nous est nécessaire. Nous nous libérons des conseils prêt-à-porter et nous sommes en mesure d'effectuer des choix dans une belle indépendance.
Travailler avec un tableau en pleine conscience nous permet de clarifier nos pensées, et, par-delà, d'élaborer des décisions personnalisées. J'avais déjà proposé ce genre d'exercice (ICI). En remplissant notre tableau, nous nous permettons de prendre conscience de tout ce qui nous lie à l'objet sélectionné, en terme de loyautés, de devoirs et de contraintes. L'exercice nous permet de considérer tout cela, en revisitant nos émotions, nos souvenirs, nos ressentis , au présent.
A titre d'exemple, voici comment j'ai été amenée à prendre une décision concernant un petit meuble dont la présence chez moi me laissait perplexe. C'était un objet auquel j'étais très attachée, mais que je n'utilisais pas. Il me semblait que je ne pouvais ni le vendre, ni le donner, ni m'en défaire. Aussi ai-je longtemps hésité à son sujet.
Certes, il y aurait eu dans ma maison des espaces vides où j'aurais pu le caser, mais justement, le vide, pour moi, est essentiel. Je lui reconnais
une fonction vitale dans mon habitat. Le vide (c'est-à-dire l’espace entre les choses) me permet de respirer quand je suis chez moi. Il n'est pas destiné à accueillir tout ce dont je ne sais que faire.
Le tableau ci-dessous, rempli dans un moment de réflexion, de calme et de recentrage, m'a permis de clarifier les choses. Une fois la décision prise, je me suis sentie plus légère.
Objet
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Console directoire en merisier
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Description de
l’objet et de sa fonction
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Petit meuble élégant.
Pouvant servir de vide-poche dans une entrée ou de petit bureau. N'a pas de
fonction actuellement.
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Histoire
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A été acheté avec mon
premier salaire, aux Puces de Plainpalais en 1979. Payé frs 280.- (une
fortune à l’époque)
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Émotions
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Tendresse (je lui suis très
attachée, car c’était mon premier achat de mobilier. Je me souviens de ma
fierté. Il m’a suivie dans tous mes logements, il est chargé de souvenirs)
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Ressenti
corporel
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Mon
corps ne donne pas de signaux particuliers. Je n’éprouve
nulle envie de le toucher, je ne le regarde pas spontanément et volontiers, contrairement à
d’autres objets utiles ou aimés. La console est placée dans un lieu de passage où je dois procéder à un geste d'esquive pour le contourner.
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Pensées
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Le meuble est joli, mais il ne m’est d’aucune
utilité. Il appartient au passé. Je n’en ai pas besoin au présent. Réfléchir encore et encore à une éventuelle utilisation commence à me lasser.
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Décision
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Ce meuble n’a plus sa place chez moi. Je me sens prête à m’en
détacher. Je vais le photographier (prendre 2 ou 3 clichés) pour en garder le
souvenir. Je serais prête à l’offrir, à quelqu’un que je connais et que
j’aime bien. Justement, un ami emménage et doit s’équiper. Je vais le lui
proposer.
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Au terme de ce type d'exercice, quelle que soit la décision que l'on prend, on se sent allégé, parce que l'on devient conscient de ce qui est, qu'on est en mesure d'opérer des choix et qu'on est prêt à en assumer les conséquences.
En
examinant tous ces meubles et objets qui nous entourent, de manière pleinement
consciente, on en arrive peut-être à se dire que la chose essentielle, à tenir
entre nos mains, c'est notre vie. Dès lors, nous pouvons refuser de l'encombrer
de choses encombrantes et ne garder que ce qui fait sens pour nous. Ne garder
que ce qui fait sens pour nous. Ici. Maintenant.
Comme des pensées et des ruminations en boucle, qu’il est
plus sage de laisser partir, le goût de la possession, certains attachements et la peur du manque pourraient souvent s’évaporer pour
notre plus grand avantage...
Images : Portrait
d’un jeune prince (détail) / Joos van Cleve / Coll. Phoebus / Anvers
Portrait
d’un orfèvre (détail) / Gérard David / KHM / Wien
Pala San Cassiano (détail) / Antonello
da Messina / KHM / Wien
Portrait d'un homme effectuant des comptes (détail) / Barthel Beham / KHM / Wien
Sculpture
d’Opi, déesse de l’abondance / Arsenal / Venise